CADAVRE EXQUIS AUGMENTÉ n°254-FHJ-05

J’étais à l’aéroport, le genre d’endroit où les gens attendent des avions ou des excuses.

Moi, j’attendais mon cousin. Mais surtout, je tuais le temps à coups de dents. Mordre la vie, disait mon ex. Moi, je la suçote jusqu’à l’os, je crache le reste sur le trottoir.

Les signes – ou les hallucinations, difficile à dire – m’avaient prévenu : l’amour m’attendait. Dans le coin fumeur. Du Club des Losers. Celui fondé par mon père. Une salle glauque entre une boîte à strip-tease fermée et un pressing qui blanchit plus que du linge.

J’étais devenu leur mascotte. Pas par mérite. Par résignation. Mon slogan préféré, peint en rouge sur mon dos :
« Regardez ce que vous voulez et ne me faites pas chier. »

Puis je l’ai rencontré·e. Mon erreur systémique. Mon bug magnifique.
Un cyborg mutant, programmé pour dérailler. J’ai renoncé à tout : mon trône de prince sans royaume, mes excuses, ma dignité.

On s’est aimés fort. Trop fort.
Le genre d’amour qui te mord à la gorge quand tu crois enfin respirer.

Mon dernier souvenir, c’est ses crocs, ses yeux qui brillent, et ma voix qui hurle à un Dieu que je n’ai jamais respecté :
« Je vous promets Satan, je suis ici par erreur ! »

Mais c’est trop tard.
Au Club, les erreurs ne demandent pas pardon.
Elles prennent un badge.